La vie trépidante de Boualem et Garmia ( Episode 1)
2968 la terre tourne à l’envers, le + devient le moins, le moins devient le plus. L’inversion des normes, le changement de polarité, le bouleversement de la vie de l’homme.
Boualem se réveille hébété, le regard voilé. Il aperçoit la chevelure satine de son épouse Garmia, illuminée par la leur du soleil matinal que filtre élégamment l’embrasure de la fenêtre.
Le cœur de Boualem galope. Ses hémisphères cérébelleux chauffent, ses muscles se raidissent, tétanisé. D’un coup, tel le cri du mouton que l’on égorge avec un couteau mal aiguisé : AAARRRRGGGHHHH !
Boualem : Je fais quoi habillé en burqa
Garmia taquine : What did you expect ? (A quoi t’attendais-tu ?). Cela ne te suffisait pas d’avoir l’haleine du chameau, il a fallu aussi que tu en prennes l’esprit. Nous sommes en 2968, le monde a changé cher ami.
Boualem : 2968, le monde a changé ? Ca y est, j’y suis, encore un coup des Amazighs. 
Garmia : Va philosopher dehors avec le linge et la lessive
Boualem : Euh !
Son coépoux lui chuchote doctement que pour son plus grand bien il devrait obéir dans une joie non dissimulée, désignant de son doigt ganté, le fouet arborant fièrement ses lanières taquines.
Coépoux : C’est halal
Boualem : Y’a pas la version Haram ?
Coépoux : Non, imbécile, c’est son nom
Boualem obtempère, se lève, hébété, se prenant les pieds dans la burqa, avance d’un pas tout à fait quelconque vers la montagne de linge. Face à cet Everest de textile, une réflexion lui vient à l’esprit.
Boualem : Les occidentaux n’ont-ils pas inventé le lave-linge ?
Garmia : Non, c’est un instrument fabriqué par les Kouffars, c’est haram. Par contre, tes petites mains velues elles, elles sont halal.
Résigné, la mort dans l’âme, tel Ulysse résistant au son des sirènes, il s’exécute.
Voyant les épaisses étoffes de coton, il pense tout haut
Boualem : Le string c’est haram également
Garmia lui répond de ses plus belles dents 
Garmia : Eh bien, tu vois quand tu veux ! What else ? (quoi d’autre ?)
Le soleil boue, le travail est harassant, Boualem sue à grands torrents, il a une soif de chameau. Oups, l’eau ruisselle sur la burqa, obligé de passer par-dessous avec ses mains dégoulinantes de lessive.
L’heure du repas arrive, les coépoux s’asseyent à terre au fond de la pièce. Ils scrutent d’un œil rageur les pièces de mouton littéralement dévorées par Garmia et ses amies. Le thé coule à flot, les discussions et les commentaires sur les Hadith s’animent. La fin du repas est là, Garmia se lève, saisit la tête du mouton et la lance aux pieds de ses hommes.
Garmia : Tenez mes chers époux, régalez-vous
Puis Garmia leur tourne le dos et part rejoindre ses amis dans un déhancher de feu.
Boualem part ensuite digérer sa lessive et sa tête de mouton. Réveillé par le coup de sabot du chameau, Boualem ouvre les yeux, hagard. Garmia l’index d’un doigt rageur.
Garmina : Tu m’as trompée
Boualem : Ah bon ! Souffrirais-je de somnambulisme ?
Garmia : Tu en répondras devant la justice.
Au tribunal, sous la robe austère de la justice, la procureur hurle à plein poumons, invective, salive
La procureur : Pour ce crime immonde, je demande la lapidation
La sentence tombe, Boualem également, mais des nues. 
Au moment de l’exécution, Boualem tente de négocier la taille des pierres. Les bourreaux lui répondent en chœur, d’une voix chansonnante 
Bourreaux : Ce sont des petits cailloux que l’on utilise pour chasser les petits moineaux.
La première pierre tombe
Boualem : Ouille, vous ne confondez pas les moineaux avec les autruches des fois ?
Puis une seconde, une troisième …. Boualem partit le souffle coupé

Atangana Marcel

 

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